lundi 20 juillet 2009

Le prix des pas







Sous le béton il y a la Terre. C’est un fait qu’on a tendance à trop facilement oublier au quotidien, car finalement, combien de temps par jour, dans nos vies modernes, nos semelles sont elles en contact direct avec la Terre? On l’évite, même, dans la mesure du possible. On marche sur les trottoirs, on roule sur les routes, on empêche toute molécule d’humus de vouloir se poser sous nos chères chaussures.

On en évite même de marcher, comme ça tout risque est évité.

Je revendique la liberté de marcher. C’est devenu mon mini-moment de zenitude quotidien depuis que j’ai adopté le train, les quelques pas qui séparent mon domicile de la gare, et la gare de mon travail (quand il n’y a pas de grève). Le matin, en arrivant pour aller au boulot, je profite pleinement des derniers instants de calme avant le grand bazar de la « vie active » : un relatif silence, le vent sur le visage, l’air frais, et, quand c’est la saison, le parfum apaisant de l’allée de tilleuls qui bordent le parking du supermarché. Parfois délicieusement mélangé à l’odeur de pâtisseries qui cuisent dans ce même supermarché.

Puis, quelques pas plus loin, je rejoins l’odeur des gaz d’échappements, j’essaie souvent d’en absorber le moins possible en faisant quelques apnées sur le trajet. Merci la plongée pour m’avoir appris à maîtriser ma respiration.

C’est déjà ça, mais c’est bien peu (ou l’inverse), donc profitant d’un week end à rallonge nous sommes allés user nos pas ailleurs, là où il n’y a que Terre et Rochers, pour réapprendre à marcher. Se souvenir de la vertu de la lenteur, du prix de l’effort, et de la récompense du chemin.

Un grand voyageur à pied, Sylvain Tesson, affirme avec raison qu’on n’accepte plus de nos jours de fournir 6 heures d’efforts pour parcourir trente kilomètres. Lui en parcourt des milliers, il sait de quoi il parle.

Il n’y a que la marche qui nous permet d’accéder à ces endroits spectaculaires, la cascade d’Ars, de s’arrêter observer des orchidées sauvages, de se rafraîchir d’un torrent qui croise le chemin, de se reposer à l’ombre parmi les rhododendrons, d’admirer un paysage, debout sur le plus gros rocher, et surtout de vivre le relief, en choisissant chacun de ses pas, en évitant les cailloux instables, en faisant des racines des marches. Et pendant que nos jambes sont tout occupées à se frayer un chemin, l’esprit lui divague à son aise, peu mobilisé qu’il est par l’effort dilué dans la durée. Alors on se prend à rêver d’apercevoir dans ces forêts la silhouette d’un Ours.

Plus de 7 heures après le départ, peu importent la fatigue et les douleurs dans les genoux, ils permettront d’apprécier un sommeil réparateur, ne restent que la fierté du chemin parcouru jusqu’à la fin (a-t-on le choix ?) et le souvenir de l’intense plaisir de yeux.


5 commentaires:

emmanuel a dit…

voilà des mots qui font plaisir à entendre et avec lesquels je suis à 100% d'accord.

Guillaume a dit…

Ah mince alors, me voila has been : je viens tout juste de me racheter un vélo !!

greg a dit…

Tu as mis au rebut ton fameux vélo bleu de nos jeunes années?

Guillaume a dit…

Oui... il était usé jusqu'à la corde (ou jusqu'au cable). Mais je l'ai pas jeté pour autant, vais-je d'ailleurs pouvoir m'y résoudre avec les souvenirs qu'il traine effectivement avec lui ?

Nadia a dit…

Très belles photos (Titouan a reconnu Elodie !?), très beau texte ...