dimanche 3 octobre 2010

Winded tree


Ne me félicitez pas pour le titre, je l'ai piqué à Michael Kenna.

Petite histoire de cette photo: au dessus du village au nom chantant de Dourgne dans le Tarn monte un chemin qui, traversant une forêt, aboutit à une prairie d'où on a une vue dominante sur toute la plaine. Sachant que dans cette prairie se trouvent quelques beaux arbres isolés je décide de profiter du vent à décorner les bœufs du jour pour tenter quelques photos desdits arbres en pose lente.
Voilà donc que j'installe mon matériel, un appareil photo sur lequel est monté un zoom 70-200 et le tout sur un trépied, au bord de la prairie. Je peaufine mes réglages et prend ma première photo quand je sursaute: près du chemin un homme avec un gilet orange fluo, une casquette orange fluo et un fusil m'observe, depuis je ne sais combien de temps. Il m'observe même d'un air de quelqu'un qui vient de voir un extraterrestre.
"Bonjour!" lui lance-je, soucieux de lui prouver au plus tôt mon statut d'être humain.
Pas de réponse.
Comme le vent est fort il ne m'entend peut être pas bien, et gêné par son mutisme je m'approche donc de lui en répétant mon bonjour et demandant s'il n'y a pas de soucis à ce que je sois là, des fois que je serais sur une propriété privée. Sur les dix mètres qu'il m'a fallu faire pour aller jusqu'à lui, il n'a pas bougé ni parlé, juste continué à me dévisager comme ci j'avais un bras à la place du nez. (Dans ces moments on se sent parfois un peu seul).
-"Vous faites quoi?" me demande t-il enfin.
Déconcerté, mais ne sachant que répondre de mieux je dis "...des photos...", alors qu'à 10 mètres de là trônait, je vous le rappelle, un gros appareil photo sur trépied et que dix secondes avant je m'affairais autour.
Bon, le bonhomme me dit que j'ai bien le droit d'être là, mais pas trop longtemps, parce que le gibier et ses copains vont passer par là et que si je veux pas prendre de risques (les chasseurs ont parfois la vue basse, surtout après le repas) il va falloir que je m'en aille. "Vous pouvez faire quelques photos mais après il faut partir", me dit donc le chasseur qui pourtant n'était pas plus chez lui que moi ici (chemin de randonnée balisé en jaune).
Dont acte, je fais quelques photos mais je l'aperçois du coin de l'œil qui m'observe (facile avec le gilet fluo) , ne me sentant pas tranquille et m'attendant à voir débarquer le reste de la cavalerie, j'écourte la séance. Et puis je préfère appliquer le principe de précaution qui dit qu'en général, quand les mecs qui ont des flingues disent quelque chose, ceux qui n'en ont pas les écoutent.

Pourtant en montant j'avais croisé quatre randonneurs qui ont répondu à mon bonjour et même souri, et se sont même excusés de monopoliser le chemin. Bizarres, ces gens.

3 commentaires:

Nanou a dit…

T'as pas honte de vouloir mettre en boîte de grands arbres alors que les gentils chasseurs ne veulent que tuer quelques petits animaux .
Sans coeur

Cédric a dit…

Les chasseurs ont une notion du dérangement toute particulière. Aussi, constitue un dérangement inacceptable le fait de marcher lentement et avec précaution près d'une mare, mais pas le fait de s'en approcher en camionnette avec chien et fusil. De même, il peut être utile de savoir que les terrains du Conservatoire du Littoral appartiennent au chasseur, si celui-ci le décide.
Belle photo, malgré les conditions difficiles.

@cyberdoc82 a dit…

Cette photo est très émouvante. Vous avez réussi à capter l'âme de cet arbre! je vais parfois me promener du coté de Dourgne, je ne regarderai plus les arbres de la même manière.